ville"Marseille, en cette fin d'été, sentait l'urine, le gaz d'échappement et l'inquiétude. Les pigeons s'abattaient de plus en plus nombreux sur les toits de la ville. Seul, sur un puissant sccoter de couleur blanche, un homme fonçait dans les quartiers Sud, il prenait en chasse les trafiquants de drogue et les exécutait froidement au 11.43. Une sorte de "nettoyeur" qui glaçait le dos des voyous, intriguait les lecteurs de journaux à l'heure du café et ne déplaisait pas à tous ceux qui regardaient Marseille s'enfoncer dans la crasse, la misère et la violence.

Vingt-et-un règlements de comptes depuis le début de l'année, des corps criblés de balles ou retrouvés calcinés dans des carcasses de voitures volées, sous les barres blanches de Campagne-Lévêque, de la Castellane, du Plan d'Aou ou plus au sud dans les quartiers de La Cayolle, de la Soude ou de Bel-Air.

Des cités interdites où des adolescents illettrés et amoraux, parfois armés, roulaient à tombeau ouvert, sans casque, sur des scooters flambant neufs. Des colosses de béton écrasant d'anciens villages aux tuiles plates avec jardins. De vertigineuses parois d'ombre au-dessus de quelques vieilles glycines aux grappes de fleurs mauves qui écartent depuis cent ans les barreaux rouillés d'une clôture au fond d'une impasse.

Une sénatrice en appelait à l'armée, les préfets valsaient, les caïds valsaient, les cartons d'emballage des fast-foods valsaient sous le fouet du mistral.

Seules les îles étincelaient au loin dans une plaque de cuivre et d'étain dressée contre le ciel.

 

  • Poche: 144 pages
  • Editeur : Folio (6 novembre 2014)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français

 

Commentaires   

+2 #5 Berloy 15-07-2015 09:22
Efficace, très bien écrit, avec ce style superbe si particulier. René Frégni sait aller au coeur des choses et des gens. Ambiance noire mais décalée...Une vision de Marseille que l'auteur connait bien. Une nature présente. On plonge dans le roman comme dans un bain. On a envie d'y rester.
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+2 #4 Cyrana54 15-07-2015 09:21
Cher René Frégni, merci infiniment. Je viens de lire d'une traite "Sous la ville rouge", et j'en suis toute bouleversée. C'est pour moi une authentique expression, une histoire qui rend vivante cette question de la reconnaissance qui nous traverse, voire nous habite tous par moments - et qui me conforte dans l'idée qu'il s'agit là d'un "faux-but", dont il faut se libérer autant qu'il est en nous, tant le mépris, et l'absence de réponse, peuvent tuer, et tant ce qui importe est de cheminer vers soi-même aussi indépendamment que possible des regards extérieurs (tout en les accueillant ...)
Merci mille fois. Cyrana54
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+2 #3 Danielle 15-07-2015 09:14
Monsieur,
Comment décrire l'émotion, l'admiration qui m'ont étreinte
durant la lecture de votre livre magnifique:
"Sous la ville rouge"?
Ecrivant moi-même, nouvelles et poèmes, marseillaise
aimant et détestant ma ville parfois, j'ai savouré votre style jaillissant, la force, la violence, la beauté de votre livre.
Mais quel personnage inoubliable, authentique que celui de votre Charlie!
Tout est juste, dit avec finesse ou force, rien n'est
calculé, vous ne multipliez pas les effets trop construits!
Mais de ce drame où tout écrivain vrai se reconnaîtra, il
ressort ce destin poignant qui nous tient au bord des
larmes dans la dernière partie de votre ouvrage, surtout.
C'est la première fois que j'exprime mon émotion,
le choc que j'ai ressenti , à un écrivain.
Merci de m'avoir permis une telle joie à vous découvrir.
Danielle Marsault
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+2 #2 Eric 15-07-2015 09:13
Pour ma part je viens de me prendre, encore une fois, le souffle d'un nuage atomique en pleine face , sauf que l'explosion a eu lieu lorsque j'ai fermé ce livre, me donnant une furieuse et magnifique envie d'écrire ! Merci et Chapeau monsieur Frégni....
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+3 #1 daniel à esparron 15-07-2015 09:08
J'ai lu "sous la ville rouge" dimanche après midi à la suite de notre rencontre au salon du livre de Nice. Toujours plus d'énergie, toujours plus de rage de vivre, toujours plus de fuite en avant... ce texte est aussi hypnotique que haletant, j'ai tourné la dernière page épuisé, hagard mais heureux. Merci pour ce livre enfiévré, ironie du sort publié chez Gallimard (la rouge, s'il vous plait...!).
Au plaisir de vous revoir, à Riez, à Manosque ou à Esparron qui sait ?
En attendant, je me relis "la fiancée des corbeaux" pour que sa belle poésie, mélancolique et lumineuse, m'apaise après le jus d'adrénaline de votre dernier roman.
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